6 minutes après l’appel de 0:54, les pompiers sont sur place. La structure du bâtiment est défavorable mais les pompiers qui interviennent ne savent évidemment pas que le revêtement est hautement inflammable et dégage des fumées toxiques.
Des moyens inadaptés
Les sapeurs-pompiers n’ont aucun véhicule pour atteindre le haut de la tour qui mesure plus de 67 mètres.
Depuis, un véhicule disposant d’une échelle de 30 mètres est systématiquement envoyé sur chaque feu de tour.
Très rapidement ils sont confrontés à un feu qui les dépasse. Les témoignages qui remontent depuis l’enquête montre une absence de coordination et des difficultés à communiquer, voire à passer l’information.
Les manœuvres des pompiers mises en cause
Pourtant l’information est là. Plus de 900 appels sont reçus pour ce feu alors qu’il y a moins de 300 habitants. Un couple d’architectes italiens, confiné dans son appartement, discutera avec sa famille pendant près de 2 heures avant que tout le monde ne réalise que leur situation est sans espoir.
Des équipes de sauvetage sont envoyées dans les étages en reconnaissance mais elles ne disposent pas de moyens pour évacuer les victimes. Notamment elles n’ont aucun appareil respiratoire isolant en surplus.
Un confinement discuté
Ces équipes guident donc les résidents vers les appartements à l’abri des fumées. C’est-à-dire sur la face opposée à laquelle le feu s’est déclaré. Une option discutable aujourd’hui, à la lumière du résultat, mais très difficile à apprécier dans le feu de l’action.
D’autant que les équipes qui réalisent le transfert sont ensuite relevées par d’autres auxquelles les premières passent le message, pas toujours de manière exacte et complète.
L’exemple de l’appartement 113
La BBC s’est notamment penchée sur le cas de l’appartement 113 situé au 14e étage, dans lequel 8 personnes ont trouvé refuge. Le média britannique prévient, l’article est long et prend plus de 25 minutes à lire (il existe une version audio de près d’une heure dans une série de plus de 100 podcasts produits sur l’incendie de la tour Grenfell). Il s’agit également d’un contenu qui pourra heurter la sensibilité.
Sur les 8 occupants, 4 seulement survivent
Aujourd’hui que l’enquête est en lumière, les versions divergent et il est difficile de les réconcilier. Ils étaient huit à se réfugier dans l’appartement. Mais après une incroyable suite d’incompréhensions et de mauvaises communications (les radios étaient saturées et passaient mal dans le béton, par exemple), 4 d’entre eux sortent dans une première vague.
Une fois à l’air libre ces 4 rescapés réalisent que tout le monde n’a pas suivi. Appels, recherches, confusion et parfois difficultés de communication, car certains locataires ne sont pas des locuteurs natifs. Il y a notamment cet appel aux urgences où l’opératrice fait répéter indéfiniment le numéro de l’appartement qu’elle n’arrive pas à comprendre. Il y a la fatigue, le stress chez les intervenants et la peur, la confusion, la chaleur et la fumée chez les victimes.
Une progression difficile
Lorsqu’ils finissent par revenir pour les quatre occupants restés dans l’appartement, les secouristes n’arrivent pas à les atteindre. À chaque étage ou presque, ils doivent prendre en charge d’autres locataires, eux-aussi pris au piège.
Au final, l’instruction commence à esquisser des réponses. Certains locataires ont été oubliés.
Et quand la situation est trop compliquée et ingérable, les intervenants des secours donnent des conseils désespérés : “sortez à n’importe quel prix”.
Certains y arriveront. Cependant, en ouvrant les portes, ils créent un appel d’air et condamnent sans le savoir leurs voisins.
Si bien que la tour devient impraticable. Et ceux qui sont bloqués dans les étages supérieurs, sans accès vers l’extérieur et sans possibilité de descendre, seront finalement condamnés.
L’enquête se poursuit et il y a encore, grâce aux témoignages, aux images de vidéosurveillance et aux caméras des pompiers, beaucoup à apprendre de ce sinistre qu’on aurait tort de vouloir simplifier.
Derrière sa bâche immaculée, la tour Grenfell n’a pas encore livrée tous ses secrets.