Un lecteur attentif de cet article question/réponse nous a fait une remarque intéressante à propos de l’espacement de 3 mètres prescrit par la réglementation entre la zone de recharge et toute matière combustible. Faisant valoir un test expérimental d’emballement thermique sur une batterie lithium-ion équipant un vélo électrique ayant montré des « projections incandescentes à plus de 10 mètres durant plus de 10 minutes », ce lecteur reste dubitatif sur cette valeur d’espacement de 3 mètres recommandée par l’arrêté du 11 avril 2017.
Jimmy Vaugon, responsable expérimentation comportement au feu à CNPP.
« Lors de nos essais feu sur batteries lithium-ion, nous constatons régulièrement des projections de débris de cellules 18650 jusqu’à une dizaine de mètres effectivement : les enveloppes métalliques cylindriques et des restes de collecteurs de cuivre et d’aluminium (feuilles qui se trouvaient dans les cylindres et qui se sont déroulées).
Ces éléments s’éteignent en général rapidement, mais certains sont incandescents voire enflammés, ou au moins très chaud avec l’inertie thermique du métal. Nous n’avons pas de retour d’expérience sur un risque de propagation via ces éléments projetés autour de la batterie en emballement, mais en théorie le risque ne peut être écarté. Ce comportement avec des projections est finalement proche de ce qu’on peut retrouver avec les bouteilles d’aérosols d’un point de vue risque de projection d’éléments chauds/enflammés (et donc de création de foyers secondaires).
A noter que certains facteurs peuvent limiter ou fortement réduire cette distance de projection, comme des carters métalliques de protection (une batterie dans un chariot n’est pas “à découvert”). A contrario, dans les démonstrations que l’on a pu réaliser avec les batteries lithium-ion de vélo électrique, l’enveloppe du pack en plastique fond rapidement, et rien n’empêche les cellules d’être projetées. Il faut noter que nous avons tout de même récemment constaté des projections avec des batteries à enveloppe métallique dès lors qu’une brèche suffisamment grande se crée.
Par ailleurs, les packs de batteries composées d’autres types de cellules que les 18650 cylindriques (par exemple de type Pouch, les poches souples) sont moins sujettes aux projections, mais plus à des jets de gaz enflammés sous forme de dards de flammes. C’est ce que l’on retrouve le plus avec les packs de véhicules électriques que l’on teste au laboratoire du feu. Le constructeur Tesla est une exception avec certains de ses modèles équipés de batteries à cellules cylindriques, mais là encore la carrosserie de la voiture limite les distances de projection, au moins sur une certaine durée ».
Propos recueillis par Bernard Jaguenaud