Il y a 40 ans, il y a 30 ans… Les otages, des victimes de la politique

Date de publication : 01/05/2018  |  Martine Porez

Ur Camera/Flickr/Cc
Ur Camera/Flickr/Cc

9 mai 1978. Le corps de l’otage Aldo Moro est retrouvé dans une voiture garée au centre de Rome.
Deux mois plus tôt, le 16 mars, l’homme politique italien, président du parti Démocratie chrétienne alors au pouvoir, est enlevé par les Brigades rouges qui abattent son chauffeur et ses gardes du corps. Le groupe terroriste d’extrême gauche demande la libération d’une dizaine de ses membres qui font face à la justice. Mais les autorités italiennes refusent le chantage. Aldo Moro est exécuté après 55 jours de détention. De nombreuses controverses et zones d’ombre font suite à cet assassinat : thèses complotistes, manipulations de l’État, voire de l’Otan… Il semblerait cependant que le gouvernement italien, conseillé par des fonctionnaires américains, ait délibérément fait échouer les négociations pour maintenir la stabilité politique en Italie.

4 mai 1988. Après trois années de captivité, trois otages français sont libérés au Liban.
Les diplomates Marcel Fontaine et Marcel Carton, en poste au Liban, ont été enlevés le 22 mars 1985 à Beyrouth-Ouest. Le journaliste Jean-Paul Kauffmann et le sociologue Michel Seurat ont, quant à eux, été kidnappés deux mois plus tard, le 22 mai, alors qu’ils revenaient de l’aéroport. Ces quatre enlèvements sont revendiqués par le Jihad islamique, une organisation intégriste libanaise pro-iranienne qui exigeait la fin de l’aide française à l’Irak alors en guerre contre l’Iran. Le journal Libération rapporte que pendant leur détention, les quatre otages ont subi « un calvaire interminable. Humiliés, affamés, battus, privés de soins et victimes de simulacres d’exécution ».
Le 5 mars 1986, le Jihad islamique annonce la mort de Michel Seurat. Marcel Carton, Marcel Fontaine et Jean-Paul Kauffmann sont libérés à Beyrouth le 4 mai 1988.
De nombreuses questions se posent sur les conditions de cette libération qui intervient 4 jours avant le 2e tour de l’élection présidentielle française.

5 mai 1988. Sur l’île d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, le GIGN (Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale) prend d’assaut une grotte où sont détenus vingt-trois gendarmes par des indépendantistes Kanaks.
Treize jours auparavant, le 22 avril, en pleines campagnes électorales – la présidentielle française et les régionales dans l’île – les indépendantistes du FLNKS (Front de libération nationale kanak et socialiste) attaquent la gendarmerie de Fayaoué. Quatre gendarmes sont tués et vingt-trois autres sont pris en otage et retenus dans la grotte de Gossanah, à l’extrémité nord de l’île.
Cette attaque a lieu dans un contexte de forte tension. En effet, depuis des années, la situation politique de la Nouvelle-Calédonie oppose les Kanaks (populations autochtones) aux « Caldoches », terme qui désigne la population d’origine européenne.
Le 5 mai, le GIGN, avec 74 soldats d’élite, mène l’assaut. C’est une véritable opération militaire. Les combats durent toute la matinée. Bilan : 19 morts et 14 prisonniers chez les Kanaks, 2 morts et 6 blessés parmi les soldats.

Ces différentes prises d’otages pointent le problème du risque politique, provoqué par des événements sur lesquels les entreprises n’ont pas toujours prise. Établir une cartographie des risques auxquels s’exposent les salariés en déplacement reste une priorité. Selon l’Amrae, 47 % des 70 personnes, toutes nationalités confondues, enlevées par l’État islamique entre le 1er janvier et le 19 mai 2015 étaient des employés, des cadres et des ouvriers.