Après sinistre

Un feu de silo emblématique

Date de publication : 07/11/2017  |  Auteur : Valérie Dobigny Lire également sur faceaurisque.com l’article de François Poichotte sur les risques lors d’un feu de silo

Photo Sdis 47
Photo Sdis 47

Trois ans après l’incendie d’un silo de sciure, l’entreprise Steico, qui fabrique des panneaux isolants de bois aggloméré, s’est remise en question pour anticiper ce type de feu si complexe.

À noter

Retour sur le Feu Instructif paru dans Face au Risque n° 513, mai 2015

Les feux de silos sont des interventions complexes, dangereuses et méconnues, qui sont longues et mobilisent de nombreux acteurs. Ceux impliqués dans l’incendie du silo de Casteljaloux, qu’ils soient exploitants ou pompiers, sont unanimes : ils n’étaient pas préparés à faire face à l’ampleur du phénomène. Pourtant, l’usine Steico, basée à Casteljaloux, était connue des sapeurs-pompiers pour des feux de séchoirs dans la zone de production. « Le POI que nous avions mis en place il y a quelques années incluait un scénario d’explosion du silo mais pas de feu de silo. Nous ne pouvions pas imaginer un feu de cette ampleur », reconnaît Benoît Lambert, responsable sécurité de Steico.

Même chose du côté du lieutenant colonel Xavier Pergaud, du Sdis 47, qui est intervenu rapidement sur les lieux. « Nous avions peu la maîtrise de ce type d’incendie. Nous disposions de peu de procédures écrites et d’outils pour faire face à un feu qui demande une technicité particulière sur la structure et une connaissance spécifique des termes “métiers” employés par les industriels », analyse-t-il avec le recul. François Poichotte, expert « feu de silo » du Sdis 51 et membre du réseau Radart (Réseau national d’aide à la décision et d’appui face aux risques technologiques) de la DGSCGC, qui est intervenu sur le sinistre, le confirme : « L’intervention sur des feux se déroulant à l’intérieur d’un silo s’effectue à l’aveugle. Le commandant des opérations de secours se base sur des hypothèses à partir d’éléments factuels mis à sa disposition par l’entreprise ».

Reconstruction et révision des procédures

Après l’incendie, il a fallu relancer l’usine rapidement et reconstruire malgré une mise en sécurité contraignante du silo. La production a repris deux semaines après le sinistre mais la chaudière est restée éteinte durant 6 mois. Le tiers supérieur du silo a été détruit puis reconstruit à l’identique. La Dreal a effectué des suivis réguliers sur le traitement des eaux usées et des émissions. Les procédures extinctions ont été revues et le personnel a été formé pour intervenir au mieux sur ce bâtiment spécifique. « Au moment du sinistre, le débit de l’extinction interne au silo était trop faible, et nous l’avons arrêtée trop tôt. Nous avions peur que cela fragilise la structure alors qu’au contraire, l’extinction aurait été facilitée », se rappelle Benoît Lambert.

Photo Steico

Réflexion avec les assurances

La gestion globale de la sécurité incendie de l’usine a été améliorée à la demande des assureurs. « Ce sont eux qui nous ont fortement incité à mettre en place des mesures techniques comme des capteurs de bourrage sur les cyclones et des capteurs de température sur les écluses avec intégration des données dans le logiciel pour informer en temps réel les techniciens chaudières », relate Benoît Lambert. Une collaboration qui s’est avérée bénéfique pour Steico : « On travaille davantage avec nos assureurs. Nos relations se basent sur une coopération constructive, notamment avec les experts assurances qui ne nous blâment pas. Auparavant, leurs visites étaient moins fréquentes », souligne Benoît Lambert.

Le tiers supérieur du silo a été détruit puis reconstruit à l’identique. Photo Steico

Remise en question des Sdis

Un an auparavant, le Sdis 47 était intervenu sur un feu similaire à Agen qui a failli virer au drame. Un drame qui n’a pu être évité chez Steico : un sapeur-pompier a été grièvement blessé. « Nous nous sommes remis en question en nous disant que le prochain feu de silo pourrait être encore plus grave. Il fallait mieux connaître le danger », explique Xavier Pergaud.

Avec François Poichotte, Xavier Pergaud a participé à la rédaction d’un memento opérationnel national, sous l’égide de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) et en collaboration avec des représentants d’établissements de stockage, dont Steico. Ce memento, qui a été présenté lors du 122e congrès national des sapeurs-pompiers d’Agen en septembre 2015 « donne les outils aux commandants des opérations de secours pour intervenir efficacement sur des feux de silos ou du secours à personnes à l’intérieur d’un silo ». Dans ce document, certaines améliorations ont été apportées comme l’instauration d’un zonage de l’intervention, à l’image des opérations NRBC, avec des codes couleurs distincts :

  • rouge pour la zone d’exclusion avec port d’EPI obligatoire validé par le COS ;
  • orange pour la zone réglementée avec tenue de protection adaptée ;
  • verte pour la zone de soutien avec les organes de commandement, de logistique…

« Ces zones auraient peut-être permis d’éviter l’accident grave du sapeur-pompier durant l’intervention car il ne portait pas d’équipement adapté dans la zone rouge », déclare Xavier Pergaud.

Un travail collaboratif efficace

Des rencontres autour de cette thématique ont été organisées au niveau régional, centrées sur des retours d’expérience, dont celui de Steico. Des formations ont également été déclinées pour les sapeurs-pompiers et les industriels afin de maîtriser le vocabulaire propre à chacun des intervenants, le fonctionnement d’un silo et le partage des informations. En 2016, l’intervention sur un feu de silo de maïs s’est d’ailleurs déroulée sans encombre car les personnels connaissaient le site et étaient bien formés. « Les formations ont porté leurs fruits », reconnaît le lieutenant colonel Pergaud. « Le travail collaboratif a été intelligemment conduit avec un déploiement de la méthode au niveau national, zonal et départemental. Le risque silo est aujourd’hui perçu différemment ».

Et Benoît Lambert de conclure : « Dorénavant, on sait mieux réagir face à un tel drame. Cela a été un bon électrochoc pour l’entreprise. Cet incendie est entré dans la mémoire collective ».