Dossier : Spécial panorama des risques

2015 Année terroriste

Date de publication : 10/01/2016  |  Auteur : David Kapp

Photo Face au Risque/MP
Photo Face au Risque/MP

L’article 421-1 du code pénal définit les actes de terrorisme comme des actions intentionnelles entreprises individuellement ou collectivement et qui ont pour but de troubler gravement l’ordre public par l’intimidation ou la terreur. À cette qualification est attachée une liste d’infractions (atteinte à la vie, vol, recel, possession d’armes…). Incontestablement, 2015 aura été marquée par le terrorisme. Rappel des principaux faits survenus sur le territoire français.

À noter

En 2015, les Français ont été particulièrement marqués par le terrorisme.

Mercredi 7 janvier
Saïd et Cherif Kouachi, deux frères, exécutent 12 personnes et en blessent grièvement une dizaine lors d’une attaque contre le journal satirique Charlie Hebdo.

Jeudi 8 janvier
 Il est un peu plus de 8 h lorsqu’une policière municipale intervenant sur un accident de la circulation est abattue par Amedy Coulibaly à Montrouge (Hauts-de-Seine). Celui-ci, muni d’un fusil automatique, blesse aussi grièvement un employé de voirie avant de prendre la fuite.

Vendredi 9 janvier
 13 h, fusillade suivie d’une prise d’otages dans l’Hypercacher de la Porte de Vincennes. 4 personnes sont tuées.

Mercredi 4 février
Trois militaires agressés au couteau alors qu’ils patrouillent à proximité d’un centre communautaire juif.

Dimanche 19 avril
Après avoir appelé le Samu pour s’être blessé au pied, Sid Ahmed Ghlam est interpellé par la police. Il est soupçonné d’avoir voulu perpétrer un attentat dans l’église de Villejuif et d’avoir assassiné une jeune femme la veille.

Vendredi 26 juin
Le matin, une explosion a lieu dans l’usine de produits chimiques Air Products à Saint- Quentin-Fallavier (Isère). Un véhicule a pénétré sur le site puis a percuté des bouteilles de gaz. Sur place, un corps décapité est retrouvé dans une mise en scène macabre. Un suspect est appréhendé, c’est un chauffeur employé par cette entreprise, les motifs de son action restent confus.

Vendredi 17 juillet
Arrestation de trois personnes soupçonnées de préparer l’attaque du Fort Béar, base militaire située près de Collioure (Pyrénées- Orientales), et la décapitation d’un officier français.

Vendredi 21 août
Une fusillade survient dans le train Thalys reliant Amsterdam à Paris. Le suspect est arrêté par des passagers.

Jeudi 29 octobre
Arrestation d’un homme soupçonné de projeter un attentat contre une base militaire à Toulon. Vendredi 13 novembre Des attentats simultanés devant le Stade de France, à la terrasse de cafés et de restaurants dans les 10e et 11e arrondissements de Paris et dans la salle du Bataclan font 130 morts et 360 blessés.

Samedi 14 novembre
Installation de l’état d’urgence sur l’ensemble de la Métropole puis étendu à l’Outre-mer.

Mercredi 18 novembre
L’assaut est lancé contre un appartement à Saint-Denis où sont soupçonnés d’être retranchés des individus en relation avec les attaques du 13 novembre. Le procureur de Paris révèle que les trois suspects, morts durant l’assaut, préparaient un attentat à La Défense. 

Avis d'expert

« 2016 risque d’être un remake de 2015. La menace est partout et diffuse. Il convient de revoir nos modes de prévention et de protection. Déjà envisage-t-on de revoir notre prévention situationnelle. Le Cnaps a appelé fin novembre 2015 à l’armement de certains agents privés de sécurité. De même faut-il envisager le renforcement de la protection de certains espaces recevant du public. La maire de Paris, Anne Hidalgo, envisage la mise en place de sas de sécurité dans les crèches et les établissements scolaires. Enfin, ce qui paraissait inenvisageable hier s’avère réalité aujourd’hui : l’armée, notamment à travers le dispositif Sentinel, prend part activement à la sécurité intérieure. » Olivier Hassid Directeur du Club des directeurs de sécurité des entreprises (CDSE)

En bref

L’intervention sur deux prises d’otages simultanées était redoutée en France par les experts qui s’y étaient préparés depuis les attentats de novembre 2008 à Bombay (Inde).

Avant novembre, aucune attaque à la ceinture d’explosifs n’avait jamais été réalisée sur le sol français. En Europe, les attentats de Londres (juillet 2005, 56 morts, 700 blessés) avaient été perpétrés selon ce mode opératoire.

Les attentats les plus meurtriers commis en Europe sont ceux de Madrid (Espagne) et de Lockerbie (Écosse) :

  • le 21 décembre 1988, le vol Londres- New-York de la Pan-Am s’écrase sur le village de Lockerbie. 270 passagers et 11 villageois meurent. La Libye est accusée d’avoir organisé l’explosion en vol de l’avion ;
  • le 11 mars 2004, une dizaine de bombes posées par des islamistes proches d’Al-Qaïda et déclenchées à distance par téléphone portable explosent dans la gare de Madrid-Atocha et des trains de banlieues. 191 morts, 2 000 blessés.

Fin octobre, Bercy confirme le relèvement de 1 € de la « taxe terrorisme », le montant prélevé sur chaque contrat d’assurance de dommages aux biens. Ce prélèvement, de 4,30 € par contrat au 1er janvier 2016, est utilisé pour le Fonds d’indemnisation des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions (FGTI).

Revendications : alors que les frères Kouachi ont revendiqué leurs actions au nom d’Al-Qaïda au Yémen (Aqpa), Amedy Coulibaly qui prétendait avoir agi  de concert avec eux a revendiqué son action au nom de l’État islamique (Daesh). Les sept terroristes de novembre 2015 ont évoqué la Syrie à plusieurs reprises pendant leurs assauts. Leurs actions ont ensuite été revendiquées par Daesh.

Un arrêté gouvernemental paru au Journal officiel le 15 novembre, à l’occasion de la COP 21, autorise les services d’urgence à se doter de sulfate d’atropine, un antidote aux gaz neurotoxiques dont l’utilisation était jusqu’ici réservée aux armées.

Après l’attaque du 26 juin 2015 survenue sur le site d’Air Products à Saint-Quentin-Fallavier (Isère) et les explosions le 14 juillet 2015 sur le site pétrochimique LyondellBasell à Berre-l’Étang (Bouches-du-Rhône), le ministère de l’Environnement a publié une instruction le 30 juillet 2015 récapitulant les actions à mener dans les territoires en vue du renforcement de la sécurité des sites Seveso contre les actes de malveillance. Les industriels ont ainsi reçu un questionnaire pour détailler les mesures de prévention mises en place. Ils avaient jusqu’au 15 décembre 2015 pour répondre. L’industrie chimique et pétrochimique est particulièrement concernée. La France compte 1 200 sites industriels classés Seveso, 640 sont en « seuil haut ».

Avis d'expert

« Les attentats qui ont touché l’Île-de-France en novembre 2015 nous ont clairement démontré que le risque était partout, pouvait surgir à n’importe quel moment et que personne n’était à l’abri. Je pense que nous aurons encore affaire à des attentats et, par conséquent, l’exigence de nos concitoyens en matière de sécurité sera encore plus forte. Depuis les attentats de Paris, les forces publique et privée oeuvrant à la sécurité de notre pays sont fortement mises à contribution et la demande devrait amplifier avec les manifestations programmées l’an prochain. De plus, la menace d’attentat pourrait prendre de nouvelles formes (risque NRBC…), ce qui doit accroître notre vigilance : chacun d’entre nous doit être un acteur actif de la sécurité de notre pays. » Jérôme Laurent Président du Club des jeunes cadres en sûreté (CJCS)

À RELIRE

  • Cinq jours qui ont changé la France (Lettre D&R n° 21)
  • Les maires veulent participer à la lutte contre le terrorisme (Lettre D&R n° 28)
  • Attentats : au coeur des cellules de crise (Face au Risque n° 511)

À DÉCOUVRIR EN 2016

  • Risque industriel et sûreté-malveillance (Face au Risque février)