Dossier : Hôpital et sécurité

Violence à l'hôpital

Date de publication : 01/02/2013  |  Auteur : Patricia Bianchi

Photo CHRU Montpellier
Photo CHRU Montpellier

Autrefois terre d’asile, l’hôpital est confronté aujourd’hui à une violence quotidienne qui l’oblige à se protéger.

À noter

Les urgences sont exposées aux faits de violence. Le personnel y reçoit tout à la fois injures, insultes, menaces et même des coups.

Insultes, injures, menaces, coups… mettent sous haute tension les services hospitaliers et détériorent les conditions de travail des soignants. Il n’est pas rare de découvrir des armes sur les patients inopinément ou lors d’agressions. Résultat, l’hôpital se trouve face à un paradoxe : rester ouvert conformément à sa tradition d’accueil et se refermer sur lui-même pour protéger personnels et usagers.

Les violences sont nombreuses, quotidiennes et diversifiées. Le panel va de la simple invective à l’agression physique. L’Observatoire national des violences en milieu de santé (ONVS) les a classées en quatre catégories :

  • niveau 1 : injures, insultes et provocations sans menaces, consommation ou trafic de substances illicites (stupéfiants) ou prohibées en milieu hospitalier (alcool) ;
  • niveau 2 : menaces d’atteinte à l’intégrité physique ou aux biens de la personne, menaces de mort, port d’armes ;
  • niveau 3 : violences volontaires, menaces avec arme, agression sexuelle ;
  • niveau 4 : violences avec arme, viols et faits qualifiés de crime.

Ces agressions s’exercent aussi bien à l’encontre du personnel médical et soignant qu’à celui des préposés à l’accueil, des services publics (pompiers, forces de l’ordre…) et des patients. Endogène ou exogène, la violence est définitivement entrée à l’hôpital. Elle affecte dramatiquement un milieu jusque-là préservé comme le prouvent les derniers chiffres de l’ONVS. Sans être exhaustifs, ils illustrent une triste réalité. Avec 5 760 faits signalés en 2011 dans 337 établissements de santé, les faits de violence ont enregistré une hausse de 13 %.

Ils touchent principalement :

  • la psychiatrie (25 %) exposée aux comportements dysfonctionnels et déviants dus à la maladie. Les atteintes se matérialisent dans 73 % des cas par des coups ;
  • les urgences (15 %) où le personnel encaisse dans une proportion sensiblement égale tout à la fois des injures/ insultes (34 %), des menaces (30 %) et des coups (37 %) ;
  • la médecine générale (12 %) essentiellement victime d’injures/insultes (44 %) auxquelles viennent s’ajouter les menaces (20 %), les coups (32 %) et de faits qualifiés de crimes.

Faits de violence

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les régions qui déclarent le plus de faits de violence ne sont pas nécessairement celles qui enregistrent une criminalité générale la plus importante. Pour preuve, derrière l’Îlede- France, arrivent la Picardie et la Basse-Normandie. Le quotidien des soignants n’est pas des plus calmes ! Les atteintes aux personnes représentent 87 % des violences déclarées (les 13 % restants étant des atteintes aux biens) dont plus de la moitié (55 %) sont des coups, 26 % des insultes et injures, 18 % des menaces et 1 % des faits qualifiés de crimes. Ces derniers, bien que les moins nombreux, sont particulièrement graves. Il s’agit d’agressions par arme blanche d’un patient sur un autre, d’homicides aussi, d’agressions de médecins par un membre de la famille ; de tentatives d’agression à l’arme blanche de patients sur le personnel, de viol d’un patient sur un autre (voir l’entretien avec Dominique Cotelle) et bien sûr d’agressions perpétrées par les patients détenus.

Le quotidien des soignants est difficile : 87 % des violences déclarées sont des atteintes aux personnes, photo WavebreakmediaMicro/Fotolia.com

Les trois-quarts des voies de fait sont perpétrées par les patients en direction trois fois sur quatre des soignants. C’est surtout vrai en psychiatrie (93 %), en médecine (67 %), aux urgences (30 %), patients et accompagnants confondus.

On ne saurait passer sous silence les violences exercées par le personnel qui se traduisent par des phénomènes de maltraitance, des injures/insultes dans la moitié des cas, plus rarement par une agression physique (1 situation sur 4). Même si le phénomène demeure minoritaire (4 %) il n’est pas négligeable et doit être signalé.

 En dépit du nombre de violences parfois graves, peu de victimes portent plainte. L’ONVS relève en effet que 86 % des actes déclarés au sein des établissements de soins ne donnent suite à aucun dépôt de plainte ou de déclaration de main courante alors même que plus d’un fait sur deux subis constitue une agression physique.

Les remèdes mis en place

Cependant, avec l’amélioration de la procédure d’assistance juridique, l’instauration de fiches réflexes, qui aideront les victimes à formaliser les actes de violence tout en les accompagnant dans leur démarche, et la mise en oeuvre de la nouvelle plateforme de déclaration depuis le 1er janvier 2012, les choses pourraient bien changer. Cette plateforme permet aux établissements de renseigner une fiche sur les éventuelles mesures qu’ils ont prises pour prévenir les actes de violence : mesures techniques (vidéoprotection, alarmes individuelles, bracelets électroniques, portiques de sécurité…), mesures d’organisation (agents de sécurité, formation des personnels, procédures d’alerte…), ou encore mesures d’adaptation des locaux… Le but étant de disposer au niveau national d’une vision d’ensemble des mesures mises en œuvre. Ceci permettra de recevoir une aide de la part des agences régionales de santé (ARS) pour sécuriser les lieux et améliorer la prévention contre la violence.

En s’appropriant cet outil, les directions de gestion des risques et les chargés de sécurité ont une carte à jouer pour endiguer cette inquiétante dérive. L’Observatoire et les référents-sûreté des services départementaux Police/Gendarmerie nationales sont prêts à les épauler. Comment ? En effectuant notamment des audits de sécurité conformément aux dispositions prévues par le protocole Santé-Sécurité-Justice du 10 juin 2010.

Les pistes d’amélioration peuvent emprunter d’autres voies comme la formation des équipes de sécurité, l’intervention d’une psychologue aux côtés du personnel en souffrance, l’amélioration de la communication vis-à-vis des patients, la formation des soignants à la gestion des manifestations de violence et au stress qui en découle inévitablement, autant d’éléments qui impactent directement leurs conditions de travail. Autre moyen : les leviers techniques – installation de systèmes de contrôle d’accès, de vitres anti-bris, de visiophones, d’équipements d’alerte… – et organisationnels : contrôle des flux et des accès, redistribution des espaces, surveillance humaine… Et surtout, une organisation du travail qui prenne en compte l’incidence d’un certain nombre de données comme la détermination des moments les plus exposés aux manifestations de violence ou l’amélioration de la prise en charge des patients.

Tous ces constats doivent conduire à prendre en considération le stress des soignants qui impacte leurs conditions de travail et la qualité des soins dispensés.