Dossier : Évacuation ou confinement ?

Au Louvre, des zones dédiées à la sécurité du public

Date de publication : 07/11/2017  |  Propos recueillis par Bernard Jaguenaud

Photo Musée du Louvre
Photo Musée du Louvre

Le 3 février 2017, des militaires de l’opération Sentinelle sont attaqués au Carrousel du Louvre. Dans les premiers instants, on ne sait pas s’il s’agit d’un acte isolé ou d’une attaque coordonnée. Le Musée expérimente alors en grandeur nature les dispositifs de mise en sécurité du public testés en 2016 au cours des exercices Athena. Denis Fousse, directeur adjoint de l’accueil et de la surveillance, revient sur les grandes lignes de la stratégie mise en place dans l’établissement.

À noter

« Compte tenu de la taille de notre établissement, il est illusoire de penser conduire une action coordonnée dans la zone d’exclusion, au contact des terroristes »

Face au Risque. En cas de menace terroriste, quel est votre plan de réaction : évacuation ou confinement ?
 Denis Fousse. Je dirais que la règle c’est : « Ce sont les circonstances qui commandent ». On ne peut pas systématiser une procédure ou une autre, ce serait stérile. Il n’y a pas de meilleure solution. Dans ce genre de situations, on ne fait pas bien ou mal. On essaie juste de faire au mieux, en fonction des outils dont on dispose et en fonction des circonstances. Cependant, lorsqu’on est victime d’une attaque terroriste, la rapidité de l’alerte est primordiale. Plus vite elle sera donnée, plus petite sera la zone d’exclusion. La priorité pour les forces d’intervention, c’est de contenir cette zone d’exclusion.

Qu’est-ce que vous appelez « zone d’exclusion » ?
 D. F. C’est la zone de contact immédiat avec l’attaque terroriste, là où se produisent par exemple des tirs à l’arme automatique. Compte tenu de la taille de notre établissement qui s’étend sur quatre stations de métro, c’est un concept extrêmement important. Il ne peut pas y avoir une attaque terroriste simultanée sur la totalité de notre site. Se pose donc la question du traitement différencié de la zone d’exclusion et des autres zones. Le retour d’expérience prouve qu’il est illusoire de penser conduire une action coordonnée dans la zone d’exclusion, au contact des terroristes. C’est une zone totale de panique, où le « sauve qui peut » l’emporte. En revanche, à proximité de cette zone d’exclusion, il y a des zones limitrophes où il est nécessaire d’apporter une réponse. Face à l’imminence du danger, déclencher l’évacuation d’urgence dans tout le Musée pourrait être catastrophique. Car il faut aussi penser au risque de sur-attentat à proximité des points de regroupement. La réponse envoyée à notre public c’est : soit le confinement ; soit l’évacuation prudentielle ; soit l’un, puis l’autre.

Pouvez-vous nous détailler ce concept d’évacuation prudentielle ?
 D. F. À ce jour, nous avons trois types d’évacuation à notre disposition. L’évacuation de fermeture, effectuée quotidiennement tous les soirs, où l’on fait sortir le public avec un maximum de confort. On a ensuite la procédure d’évacuation d’urgence dépendant de l’arrêté du 25 juin 1980, qui répond aux situations d’incendie ou de panique. Pour résumer, il faut procéder à l’évacuation du public et le diriger vers des points de regroupements dans un minimum de temps, avec des moyens et des processus normés. Nous avons mis en place un troisième plan d’évacuation, baptisé « évacuation prudentielle ». L’objectif est d’évacuer le public avec prudence, non plus vers des points de regroupement, mais vers des zones de repli où la Police le prendra en charge. Le concept « prudentiel » s’applique à éviter à tout prix leur pénétration dans la zone d’exclusion.

Comment se met en place le confinement ?
 D. F. On a inventé le concept de translation, où l’on invite le public à suivre nos agents. Nous avons identifié un certain nombre de zones, où se trouvent réunis plusieurs critères. Il faut des zones suffisamment grandes pour pouvoir y translater du public et qui puissent fermer à clé. On doit y disposer d’eau et de toilettes, car un confinement peut durer très longtemps, et y placer un moyen de communication. Il faut des accès secondaires, pour faciliter les manoeuvres d’exfiltration ou bien pour y infiltrer des autorités de Police. Une zone va être préférée à une autre en fonction de sa proximité avec la zone d’exclusion, mais il n’y a pas de décision systématique : ce sont les circonstances qui commanderont. Enfin, la levée du confinement engage une procédure particulière. La décision ne nous appartient plus, mais dépend du commandement des opérations de Police et de secours. La libération se fait donc avec son accord, soit par les sorties normales, soit par une évacuation prudentielle.

Quels sont les avantages du confinement par rapport à l’évacuation d’urgence ?
D. F.Faire une évacuation d’urgence à côté d’une zone d’exclusion, c’est prendre le risque d’envoyer les gens vers les terroristes. Pour les forces d’intervention, c’est aussi extrêmement important. Elles ont besoin de fluidité dans leur action. Si autour de la zone d’exclusion, on a en permanence des personnes qui fuient de tous côtés, ça perturbe la qualité de leur intervention. Les concepts de zone d’exclusion, de translation, de confinement ont fait l’objet de beaucoup de discussions et d’études, en coopération avec les autorités et les services d’intervention, mais aussi d’entraînement des personnels. Si on ne dispose pas des personnels suffisants ou si on n’est pas en capacité de les entraîner régulièrement, il faut oublier. Sinon, le remède risque d’être pire que le mal…

« Nous avons mis en place un plan d’évacuation prudentielle. L’objectif est d’évacuer le public avec prudence, non plus vers des points de regroupement, mais vers des zones de repli où la Police le prendra en charge. » Photo Face au Risque/D.K.
« Nous avons mis en place un plan d’évacuation prudentielle. L’objectif est d’évacuer le public avec prudence, non plus vers des points de regroupement, mais vers des zones de repli où la Police le prendra en charge. » Photo Face au Risque/D.K.