Les émulseurs : enjeux environnementaux

Date de publication : 08/09/2015  |  Auteur : Isabelle Deguerry Laboratoire du Feu et de l’Environnement CNPP

Photo CNPP
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Liquides inflammables

La mise en application depuis le 1er juin 2015 de la directive Seveso 3 a, en matière de liquides inflammables, des conséquences pour les entreprises. En effet, ces produits sont très présents au sein du tissu industriel et économique sous des formes, des quantités et des conditionnements variés.

Face au Risque s’associe à CNPP pour organiser un colloque, le 24 septembre 2015, sur les liquides inflammables et leur avenir avec Seveso 3. Cette journée fera le point sur les toutes dernières évolutions réglementaires et des démonstrations illustreront la problématique des feux de liquides inflammables. Isabelle Deguerry, responsable d’essais au département Feu et Environnement de CNPP, interviendra sur la spécificité des émulseurs. Découvrez, en avant-première, une partie de sa présentation.

Le point sur les émulseurs

Les émulseurs, utilisés principalement en application mousse, sont d’excellents agents extincteurs sur feux de classe B (feux de liquides inflammables). Leur qualité filmogène et leur haute résistance à la flamme sont apportées majoritairement par la présence de tensio-actifs fluorés (TAF) dans leurs formulations. Ces tensio-actifs fluorés sont utilisés depuis une quarantaine d’années et le développement et la diversité des émulseurs se sont intensifiés au fur et à mesure de l’apparition de normes spécifiques et de retour d’expérience. Deux voies de synthèses connues avec des chimies très différentes sont possibles pour fabriquer ces TAF : l’électrofluorination et la télomérisation.

En 2000, 3M, le principal fabricant de TAF par électro-fluorination, décide de stopper sa production suite à des résultats de toxicité inquiétants d’un de leurs principaux intermédiaires de synthèse : le PFOS (perfluoro-octane sulfonate). Les instances européennes se sont penchées sur la question et ont déclaré le PFOS persistant, bioaccumulatif et toxique pour les mammifères. La directive européenne 2006/122/ECOF, qui en découle, régule la mise en place sur le marché et l’utilisation des PFOS.

Ces tensio-actifs sont utilisés dans beaucoup d’applications telles que le traitement du papier, du textile, du cuir, des bâtiments… et des mousses extinctrices. Pour ces dernières, compte tenu des enjeux pour la sécurité des personnes et des quantités importantes d’émulseurs à détruire dans des incinérateurs dédiés, un délai de 5 ans a été accordé pour le remplacement des mousses à base de PFOS chez les utilisateurs (date limite 27 juin 2011).

En 2010, les fabricants de TAF par télomérisation, bien que non concernés par cette directive européenne, prennent l’engagement volontaire auprès de l’Agence américaine pour l’environnement (EPA) de réduire leurs émissions de PFOA (perfluoro octanoïque acide) au cours de leur process de production et de diminuer aussi le taux dans leurs produits finis (TAF) d’ici la fin de l’année 2015 (plan 2010/2015 PFOA Stewardship Program).

Le PFOA est présent sous forme de traces lors de la fabrication des TAF en chaîne longue par télomérisation. Il est considéré comme persistant, bio-persistant mais non toxique pour les mammifères.

L’Echa (Agence européenne des produits chimiques) a lancé en juin 2015, sur demande de la Norvège et de l’Allemagne, une enquête publique européenne et envisage de restreindre la quantité de PFOA dans les produits finis. Le taux de PFOA reste encore à définir, aucune méthode d’analyse n’étant normalisée à ce jour.

Aujourd’hui, les fabricants de TAF par télomérisation s’engagent à fournir des tensioactifs dits « en C6 » ou « chaînes courtes » qui ne contiennent ni PFOA, ni possibles précurseurs du PFOA, en accord avec les recommandations de l’EPA.