Tempête Harvey : une catastrophe peut en cacher une autre

Date de publication : 31/08/2017  |  B. J.

Les experts du Centre national des ouragans ( NHC – National Hurricane Center) avaient prévenu : Harvey serait l’un des ouragans les plus puissants à toucher le continent américain depuis Katrina en 2005. Tout en affirmant : le Texas va subir « un désastre très important ».

>>> À lire aussi :  Catastrophes naturelles : dix ans après Katrina, bilan et enseignements (Face au Risque, 14 septembre 2015, accès gratuit)

Interminable déluge

Si Harvey a finalement été rétrogradé en tempête tropicale, les vents violents et les trombes d’eau se sont abattus sur les côtes texanes dès le vendredi 25 août au soir, menaçant directement Houston, la 4e ville des États-Unis.

 

Plus que la force des vents, c’est bien l’eau et les inondations qui étaient le plus à craindre dans pareil événement. D’autant que la tempête Harvey, par la conjonction d’un anticyclone basé à l’ouest et des eaux chaudes du Golfe du Mexique, s’est retrouvée en quelque sorte « auto-alimentée » et bloquée sur le Texas,  déversant des tonnes d’eau cinq jours durant. Le caractère exceptionnel de cet épisode climatique a donc plus tenu à sa durée qu’à son intensité. On ainsi enregistré des cumuls de 127 centimètres de précipitations à certains endroits, du jamais vu dans la région.

Montée des eaux

Si plusieurs villes ont donné le mot d’ordre d’évacuer devant la menace d’inondations, le maire de Houston et de ses 2,3 millions d’habitants a renoncé à faire cette recommandation. Il a estimé en effet que jeter sur les routes un tel nombre de personnes était plus risqué pour la population que de se réfugier dans un lieu connu et sécurisé.

C’est en effet un douloureux enseignement de l’ouragan Katrina, qui avait provoqué la mort de 1 800 personnes. Une grande partie des victimes avait été saisie dans son véhicule par la brusque montée des eaux, suite à plusieurs ruptures de digues.

Pollution industrielle…

Outre les risques intrinsèques à la tempête (noyade, électrocution, chute…), les autorités craignaient également un risque industriel. Cette partie du Texas concentre en effet de nombreuses industries pétrolières et pétrochimiques, un secteur vital pour l’économie du pays. L’arrêt préventif des raffineries, représentant près de 40 % des capacités de traitement du pays, a d’ailleurs provoqué une hausse du prix du pétrole sur le marché américain.

…et risque chimique

Outre le risque de pollution de l’eau et des infections bactériennes, un risque plus inattendu s’est réalisé le jeudi 31 août 2017 sous la forme de deux explosions suivies d’émanations toxiques au sein d’une usine chimique située à Crosby, à 30 kilomètres à l’est de Houston.

Le site, exploité par le groupe français Arkema, avait été évacué par les autorités, assorti d’un périmètre de sécurité de trois kilomètres. Les exploitants craignaient en effet la perte de contrôle définitive sur un stockage de produits chimiques, des peroxydes organiques. Hautement instables et inflammables, ces composés servant à la fabrication de plastiques et de produits pharmaceutiques exigent d’être refroidis en permanence. La montée des eaux (jusqu’à deux mètres sur le site) a entraîné dans un premier temps la coupure de l’alimentation électrique de l’usine, avant de provoquer l’arrêt des générateurs de secours. Dès lors, l’accident chimique devenait inéluctable. Si les explosions n’ont apparemment pas fait de victimes, l’émanation de fumées toxiques a nécessité l’hospitalisation d’une dizaine de personnes. On a appris un peu plus tard que d'autres conteneurs identiques, destinés au stockage de peroxydes organiques, subsistaient sur le site. Et courant le même risque d'explosion. Par mesure de sécurité, les responsables d'Arkema ont indiqué dimanche 3 septembre qu'ils allaient provoquer volontairement l'inflammation des stocks subsistants, en prenant le maximum de précaution vis-à-vis de l'environnement immédiat.

>>> À lire aussi : changement climatique : quels risques pour les entreprises ? (Face au Risque, 28 juin 2017, accès payant)

Au moins 42 morts, un bilan matériel très lourd

A l’heure où nous rédigeons ces lignes, alors que la tempête Harvey s’est déplacée vers la Louisiane, le bilan humain provisoire s’élève à 42 morts. Un nombre de victimes limité comparé aux pertes humaines liées à l’ouragan Katrina, mais qui risque malheureusement de s’alourdir au fur et à mesure du reflux des eaux. Quant au montant financier, l’estimation du coût de Harvey par certains spécialistes s’élève pour l'instant à 58 milliards de dollars. Ce qui la place d’ores et déjà au 9e rang des catastrophes naturelles les plus chères au monde.