Rapprochement entre privé et public au colloque du CDSE

Date de publication : 20/12/2017  |  D. K.

Rapprochement entre privé et public au colloque du CDSE

À l'occasion du 10e colloque annuel du CDSE, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb a annoncé plusieurs mesures pour rapprocher secteurs privé et public autour du thème de la sécurité

À noter

Les principales annonces du ministre de l'Intérieur :

- Création prochaine d'une structure rassemblant des experts privés (directeurs sûreté, spécialistes de l'Intelligence économique, de la cybercriminalité et du terrorisme) au plus haut niveau du ministère.

- Davantage de personnalités issues du secteur privé dans les effectifs du ministère de l'Intérieur pour un croisement des parcours.

- Une mission parlementaire en janvier sur le continuum de sécurité.

- Des réflexions sur un statut intermédiaire pour des entreprises de secteurs sensibles non OIV et non OSE.

- Une feuille de route "cyber" qui sera dévoilée au FIC à Lille en janvier 2018.

La sécurité n'était pas seulement au cœur des débats, mardi 19 décembre 2017, à l'OCDE pour le colloque annuel du Club des directeurs sécurité des entreprises (CDSE).

Elle était également présente partout aux abords, d'abord avec plusieurs véhicules de police et agents en patrouille. Ensuite avec un premier filtrage à l'entrée opéré par des agents privés, puis un second à l'intérieur, à la manière des aéroports, avec scan des affaires personnelles et passage au détecteur de métal.

Cette continuité et cette coproduction dans la sécurité étaient également l'objet de l'intervention de Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur. Signe du rapprochement qui s'opère, la venue d'un ministre de l'Intérieur en exercice est une première pour le Club qui fête un peu plus de 30 ans d'activité.

Pour Stéphane Volant, son nouveau président, il ne s'agit pas simplement de protéger les salariés, les clients, les produits, "la sécurité est un devoir".

Ce devoir a ainsi conduit le CDSE à faire des propositions au ministère et à encourager les réflexions, comme la création d'un nouveau dispositif le "CDSE Lab", évolution du CDSE junior et qui a pour ambition de penser la sécurité/sûreté du futur et d'identifier les métiers de demain.

Le continuum sécurité

Cette formule de coproduction de sécurité, "le continuum sécurité" comme le ministre de l'Intérieur l'a nommé dans sa feuille de route (.pdf), semble fonctionner et résonner.

Le ministre de l'Intérieur, appelé à ouvrir les débats, rappelle d'emblée qu'on "ne peut plus faire de la sécurité chacun dans son coin".

"Avant, il y avait d'un côté le régalien et de l'autre côté le secteur privé, désormais cette clé d'analyse n'est plus opérante".

Pour le ministre "l'intégrité des entreprises repose sur la qualité et l'intensité des échanges avec la police et les renseignements ainsi que l'accès aux informations".

"Les systèmes de sécurité sont de plus en plus imbriqués", note-t-il. Et pour faire "face à des menaces comme le terrorisme ou la cybercriminalité, la sécurité ne doit pas être l'apanage de quelques-uns".

Rappelant que l'Etat avait déjà mis en place de nombreux dispositifs comme les référents sécurité, les réseaux français à l'étranger, les services spécialisés comme la DGSI qui dispense régulièrement des formations auprès des cadres des entreprises, le ministre croit nécessaire de communiquer "davantage sur l'existence de ces dispositifs et que leurs rôles soient renforcés".

Les PME et PMI dans le viseur

Dans le viseur, notamment, les PME et PMI, souvent moins bien loties en termes de sécurité.

"Plus que des coopérations ponctuelles, c'est un climat de confiance qui doit être créé".

Pour cela le ministre veut créer "au plus haut niveau du ministère de l'Intérieur, une structure rassemblant des directeurs sûreté, des spécialistes de l'Intelligence économique, de la cybercriminalité et du terrorisme".

Et de citer Auguste Comte : "Il faut savoir pour pouvoir".

"Une filière de la sécurité plus forte"

Autre proposition emblématique et qui devra sans doute être adaptée au cadre particulier de la fonction publique, le ministre, qui note que plusieurs cadres sont d'anciens fonctionnaires de police ou de gendarmerie, verrait bien des croisements de parcours et l'accueil des talents issus du privé dans l'Administration.

"Il faut créer une filière de la sécurité plus forte, martèle-t-il. Le ministère de l'Intérieur soutiendra toutes les initiatives qui vont dans ce sens."

D'ailleurs, une mission parlementaire sera lancée en janvier prochain sur le continuum de sécurité et "nous ne devons rien nous interdire", prévient-il.

Autre proposition issue des réflexions avec le CDSE, la nécessité d'élargir le nombre d'entreprises bénéficiant d'une classification et qui permet un criblage des salariés. Les opérateurs d'importance vitale (OIV) bénéficient de telles mesures, pourquoi d'autres entreprises n'y auraient pas droit, se demandent les responsables sécurité.

Il faut veiller à ce que de tels dispositifs deviennent très encadrés, leur répond le ministre, qui n'est pas opposé à une classification intermédiaire. Pour lui, certains sous-traitants "peuvent être la cible de nos adversaires ou même de nos partenaires".

L’État attend aussi beaucoup des entreprises

Pour le ministre, "toutes les entreprises du pays doivent se mobiliser pour assurer la protection des Français" et notamment sur le sujet de la lutte contre la radicalisation.

"Si hier la menace venait de l'extérieur, le terrorisme auquel nous faisons face est de plus en plus endogène." Les moyens juridiques ont été accrus notamment pour le criblage dans les transports et le ministre en appelle désormais à la population qui "doit faire preuve d'une vigilance accrue".

C'est "dans le cadre du travail qu'on peut déceler des individus sur le point de passer à l'acte", croit-il, mais il faut davantage "former des cadres aux signaux faibles".

"La sécurité doit devenir un état d'esprit partagé par l'ensemble des collaborateurs."

Pour les entreprises de sécurité, il souhaite "une montée en gamme des systèmes de sécurité français", pas seulement pour les grands groupes industriels mais aussi "dans les PME, startups avec lesquelles les grands groupes travaillent au quotidien".

La cybercriminalité, une priorité

Dernier point de cette intervention, la cybercriminalité : "la guerre, c'est devant un ordinateur qu'elle se mène. Le tissu économique français est très vulnérable."

Selon une étude, 80 % des entreprises françaises ont fait l'objet d'une attaque l'année dernière et citant Thierry Delville, le ministre rappelle que "les 20% restant sont celles qui ne le savent pas encore".

En janvier au Forum international de la cybercriminalité, Gérard Collomb annoncera donc sa feuille de route dans le domaine où il souhaite un "changement de paradigme" pour "sortir du cadre et innover".

Dans ce secteur clé, comme dans celui de la sécurité, il souhaite "de l'audace pour dépasser le cloisonnement entre public et privé par le partage de l'information et le dialogue".