Les entreprises éclaboussées par l'affaire Sarkozy-Kadhafi

Date de publication : 16/03/2018  |  Auteur : D.K

Les entreprises éclaboussées par l'affaire Sarkozy-Kadhafi

Nicolas Sarkozy a été mis en examen le 21 mars 2018 dans l'enquête sur des soupçons de financement libyen de sa campagne électorale de 2007. Une affaire sur laquelle Fabrice Arfi et Karl Laske, deux journalistes de Mediapart, ont enquêté pour leur livre « Avec les compliments du guide ».

Que vient faire l’ouvrage sous-titré Sarkozy-Kadhafi, l’histoire secrète, dans nos colonnes ? Il suffit de parcourir quelques pages pour comprendre.

Il y a d’abord le terrorisme dont l’État libyen sous Kadhafi avait fait, en l’organisant ou en le finançant, une arme diplomatique. On le retrouve avec les otages de Jolo dont la libération est liée à Kadhafi (et fournit l’une des premières jurisprudences sur le devoir de protection), puis l’attentat de Karachi (autre jurisprudence sur le sujet) où plane l’ombre des intermédiaires.

Les protagonistes de ce véritable roman d’espionnage ne sont pas tous inconnus. Il y a les hommes politiques, les chefs d’entreprise ou encore des responsables de la sécurité. Et surtout, les intermédiaires, d’ordinaire si discrets, en premier lieu Ziad Takieddine, dont les auteurs, journalistes à Mediapart ont récupéré les dossiers.

Moyennant commissions, ce Franco-Libanais assure des contrats aux entreprises et souvent beaucoup plus. On croise ainsi ces dernières, « commanditaires » ou « clientes », à la chasse au profit, victimes, proies et instruments à la fois : Total évidemment, mais aussi Thalès ou encore Dassault ou des plus discrètes comme Civipol - l’entreprise qui organise le salon Milipol tous les deux ans à Paris en alternance avec… le Qatar, autre acteur clé du dossier libyen.

Il y en a beaucoup d’autres encore. La corruption et la fraude sont des maux qui minent les entreprises et le livre offre les ressorts, sophistiqués, qui les compromettent.

Tout cela ne constitue pas le coeur du sujet qui est consacré à l’hypothèse ténue d’un financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, puis celle d’une guerre pour le maquiller. Le livre est accablant. L’intéressé dément fermement les accusations.

En 2012, il a même porté plainte contre le site de presse et les journalistes, non pas pour un délit de presse, comme à l’accoutumée, mais pour faux et usages de faux – ce qui permet éventuellement d’identifier les sources des journalistes. En vain, c’est un non-lieu.

Les affaires judicaires sont loin d’être bouclées.