LafargeHolcim soupçonné d'avoir financé Daesh

Date de publication : 07/12/2017  |  V.D.

Plusieurs dirigeants du groupe LafargeHolcim ont été mis à garde à vue. Le groupe est soupçonné d'avoir financé l'État islamique en échange de la poursuite de l'activité de leur usine en Syrie.

« Il y a eu des erreurs inacceptables que le groupe regrette et condamne ». C'est ce qu'a admis Beat Hess, président du conseil d’administration de LafargeHolcim, au Figaro le 3 décembre 2017, le jour même de la mise en garde à vue de trois responsables de l’entreprise : deux anciens directeurs de la filiale syrienne et le directeur de la sûreté du groupe, pour mise en danger de la vie d’autrui et financement d’une entreprise terroriste.
Quelques jours plus tard, le 6 décembre 2017, l’ex-directeur général Bruno Lafont, l’ex-DRH Éric Olsen, ainsi que l’ex-directeur général adjoint opérationnel Christian Herrault ont également été entendus par le Service national des douanes judiciaires (SNDJ). 

Rappel des faits

De juillet 2012 à septembre 2014, la filiale syrienne du cimentier franco-suisse, Lafarge Cement Syria, aurait versé près de 5,6 M$ à différentes factions armées, dont l’État islamique, en échange de la possibilité de continuer l’activité de l’usine de Jalabiya dans le nord du pays. Le cimentier leur aurait acheté du pétrole, violant ainsi l’embargo décrété par l’Union européenne en 2011, et aurait remis de l’argent via un intermédiaire. 

Le 2 mars 2017, dans un communiqué de presse, LafargeHolcim annonçait le lancement d’une enquête interne indépendante qui a démontré que la filiale locale avait remis « des fonds à des tierces parties afin de trouver des arrangements avec un certain nombre de ces groupes armés, dont des tiers visés par des sanctions, en vue de maintenir l’activité et d’assurer un passage sûr des employés et des approvisionnements vers, et depuis l’usine (...) Les responsables des opérations en Syrie semblent avoir agi d’une façon dont ils pensaient qu’elle était dans le meilleur intérêt de l’entreprise et de ses employés. Néanmoins, l’enquête révèle des erreurs de jugement significatives en contradiction avec le code de conduite alors en vigueur ». 

Le rôle des dirigeants en question

Reste à savoir si la direction du groupe était au courant de ces agissements.
Début 2017, le SNDJ chargé de l’enquête a interrogé plusieurs hauts dirigeants dont Christian Herrault qui aurait reconnu des versements douteux et en aurait informé le directeur général de l’époque Bruno Lafont. Ce dernier dément les faits.
Les enquêteurs cherchent également à savoir si le groupe LafargeHolcim a tout fait pour garantir la sécurité de ses employés syriens avant la prise de contrôle de la cimenterie par l’EI.

Les dates-clés de LafargeHolcim en Syrie - Timeline