L’exposition au bruit : un enjeu majeur de santé au travail

Date de publication : 29/06/2017  |  Martine Porez

1 000 cas de reconnaissance de surdité professionnelle par an en France. Depuis 30 ans, ce chiffre ne diminue pas malgré les textes réglementaires en place, le coût d’une telle reconnaissance pour l’employeur, le handicap pour le travailleur et les progrès de l’acoustique.

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Crédit : psdesign1/Fotolia.com

Retour sur la réglementation

L’exposition au bruit est évaluée selon deux critères :

- l’exposition moyenne quotidienne, sur 8 heures, ou dB(A) ; 

- l’exposition instantanée aux bruits très courts (niveau de crête) ou dB(C).

À partir de 80 dB(A) ou 135 dB(C), l’employeur doit mettre à la disposition des travailleurs des protections auditives, les informer sur les risques et leur proposer un examen auditif.

À partir de 85 dB(A) ou 137 dB(C), le port de protecteur est obligatoire et doit être contrôlé, des examens auditifs doivent être effectués, une signalétique et un programme de réduction de bruit doivent être mis en place.

Le seuil de 87 dB(A) ou 140 dB(C) ne doit jamais être dépassé. Il est impératif d’adopter immédiatement des mesures de réduction du bruit.

>>> À lire aussi :  EPI : les protecteurs individuels contre le bruit (Lettre Droit et Réglementation n° 35, juin-juillet 2016, article payant)

Pourquoi ne parvient-on pas à limiter l’exposition au bruit ?

C’est ce que Jeanne Perrier, ingénieur acousticien du groupe Gamba, a expliqué lors de la conférence qu’elle a tenue sur le salon Préventica à Paris le 21 juin 2017.

Elle note quatre maillons dans la chaîne des responsabilités :

Les salariés. Ils n’ont pas suffisamment conscience du risque qu’ils encourent et ne portent pas toujours correctement leurs EPI. Jeanne Perrier avance qu’il faut deux semaines en moyenne pour s’habituer aux protections auditives. Elle attire particulièrement l’attention sur les bruits de courte durée mais très intenses. Le seuil de danger est le même pour une exposition à 85 dB pendant 8 heures qu’à 127 dB pendant 7 secondes.

Les projeteurs. Ce sont les équipes projets qui doivent prendre en compte la réduction du bruit au moment du projet de construction ou de réaménagement d’un bâtiment ou d’un atelier.

Les décideurs. Ce sont eux qui valident les projets. « En moyenne, le coût de l’acoustique s’élève à 5 €/m² si elle est prévue au moment du projet contre 100 € si elle intervient en correction, avance Jeanne Perrier. C’est donc au moment du projet qu’il faut agir. »

Les acteurs de la prévention. Ce sont les responsables HSE, médecins du travail, ergonomes, IPRP, CHSCT… qui doivent accompagner employeurs et salariés dans la sensibilisation au risque bruit et les mesures de réduction à apporter.

L’acoustique n’est pas encore un réflexe dans l’entreprise alors que les lésions auditives sont irréversibles. Pourtant, conclut l’acousticienne, on peut faire beaucoup mieux sans beaucoup d’efforts supplémentaires.