Il y a 45 ans… Incendie du collège Pailleron à Paris

Date de publication : 02/02/2018  |  M.P.

ONS-Rapport 2013
ONS-Rapport 2013

6 février 1973. Il est environ 19 h 40 lorsqu’un garçon de 15 ans, élève du collège Édouard Pailleron à Paris, met le feu à une salle d’étude située au rez-de-chaussée de l’établissement scolaire.

L’adolescent croit le collège vide à cette heure tardive. Or, plusieurs salles dans les étages sont occupées par 38 élèves du conservatoire de musique du 19e arrondissement et 4 professeurs. L’extension du feu est fulgurante. Les vides verticaux et horizontaux de ce type de constructions métalliques et le polystyrène utilisé comme isolant facilitent la propagation des flammes et des fumées toxiques.

Dès que l’alerte est donnée, c’est la confusion totale. Les professeurs de musique font évacuer leurs élèves, âgés de 8 à 13 ans, mais la fumée empêche toute visibilité. En outre, comme c’est la première fois que le conservatoire utilise le collège pour ses cours de musique, personne ne connaît les lieux…

Lorsque les pompiers arrivent, en 4 minutes, ils ne peuvent éviter l’embrasement total du bâtiment. Ils parviennent cependant à sauver des flammes et des fumées une vingtaine d’élèves et leur professeur coincés derrière les fenêtres du 3e étage.

Vers 20 h 40, l’édifice s’effondre. À 21 h 30, l’incendie est maîtrisé. Les pompiers pensent alors que le pire a été évité. Mais en progressant dans les ruines, ils découvrent les corps d’une quinzaine d’enfants au-dessus des décombres. Ils s’étaient réfugiés sur la terrasse de la cour intérieure avant qu’elle ne s’effondre.

L’incendie aura fait 20 morts : 4 adultes et 16 enfants.

L’État renforce la réglementation des établissements scolaires

C’est dans l’urgence que le CES Édouard Pailleron a été construit à la fin des années 1960. Celui-ci et près de 60 autres. Il fallait accueillir un nombre grandissant d’élèves (depuis 1959, la scolarité obligatoire s’est étendue de 14 à 16 ans). Les structures métalliques modulaires sont utilisées par souci de rapidité. De nombreuses dérogations sont autorisées et les mesures de sécurité assouplies.

Résultat : une résistance au feu de l’ossature acier de 15 minutes pour un bâtiment de quatre étages (au lieu de deux), des matériaux hautement inflammables, des plafonds et des cloisons non recoupés…

Dès le 23 février 1973, soit 17 jours après le drame, deux circulaires ministérielles précisent les obligations des chefs d’établissements scolaires relatives à la sécurité. Elles concernent notamment :

  • les moyens d’alerte et d’évacuation (dispositifs d’alarme, issue et escaliers de secours, éclairages visibles de jour et de nuit, portes coupe-feu…);
  • la constitution d’équipes de sécurité capables d’alerter les secours, d’organiser l’évacuation, de combattre les foyers d’incendie en attendant l’arrivée des sapeurs-pompiers et d’apporter les premiers soins ;
  • la formation des élèves et du personnel au risque incendie par des conférences et des exercices ;
  • les moyens de lutte (extincteurs, RIA…) ;
  • les commissions de sécurité (rôle et compétence) ;
  • l’interdiction de modifier les conditions de fonctionnement des locaux sans que les règles de sécurité n’aient été modifiées. 

Faisant référence à l’occupation du collège Édouard Pailleron le soir par des cours du conservatoire de musique, une nouvelle circulaire datée du 1er mars 1973 précise que le chef d’établissement demeure administrativement seul responsable de l’application du règlement de sécurité, quel que soit le motif d’occupation des locaux.

Que sont devenus ces établissements ?

Après le sinistre, une campagne de réhabilitation et de mise en sécurité de ces collèges à structure métallique est menée : enlèvement du polystyrène, compartimentage des multiples espaces creux existants dans les structures…

Le rapport de 2013 de l’Observatoire national de la sécurité et de l’accessibilité des établissements d’enseignement comptabilisait 803 établissements (147 lycées et 656 collèges) comportant ou ayant comporté des bâtiments à structure métallique (dont 57 de type « Pailleron »).

Parmi ceux-ci, 412 ont été réhabilités avec avis favorable de la commission de sécurité et 391 ont été détruits ou désaffectés.

>>> Pour en savoir plus, lire aussi " ERP et IGH : sinistres historiques"