Il y a 40 ans… L’Amoco Cadiz provoque une marée noire en Bretagne

Date de publication : 07/03/2018  |  M.P.

 Credit : National Oceanic and Atmospheric via Flickr
Credit : National Oceanic and Atmospheric via Flickr

16 mars 1978. Le pétrolier libérien Amoco Cadiz appartenant à la société américaine Amoco, filiale de la Standard Oil, et affrété par la Shell, fait route du Golfe persique vers Rotterdam. Il transporte 227 000 tonnes de pétrole brut. À 22 h, il s'échoue dans le nord du Finistère et provoque une gigantesque marée noire. En quelques jours, près de 350 kilomètres de côtes sont souillés.

Il est 8 h quand l’Amoco Cadiz s’apprête à contourner l’île d’Ouessant, distante de vingt kilomètres des côtes du Finistère. Selon le rapport de la commission d’enquête du Sénat, à 9 h 45, survient une avarie de gouvernail. Celui-ci est bloqué et le navire dérive vers Portsall (au nord du Finistère).

Le capitaine ne parvient pas à contacter l’armateur du bateau à cause du décalage horaire. Et ce n’est qu’à 11 h 20 qu’il demande assistance. Le remorqueur ouest-allemand Pacific, distant d’environ 13 milles (24 km), se dirige vers l’Amoco Cadiz qui continue de dériver vers les côtes bretonnes. Le vent de force 8 à 10 souffle en rafales.

À 12 h 55, le Pacific est proche du pétrolier mais des tergiversations avec les assureurs font prendre beaucoup de retard au remorquage. Vers 14 h, celui-ci commence mais la chaîne casse. Le vent est de plus en plus fort et forme des creux de près de 8 m.

Une seconde tentative de remorquage débute vers 18 h 30. Mais dans la tempête et malgré les efforts du Pacific, le pétrolier heurte les rochers et commence à perdre sa cargaison. À 22 h, il s’échoue définitivement.

Des hélicoptères de la Marine nationale évacuent les 42 membres d’équipage par hélitreuillage. Le capitaine et un officier restent à bord jusqu’au lendemain. Plusieurs citernes étant déchirées, le pétrole se déverse dans la mer et envahit les côtes.

Crédit : Le Cèdre

La pollution

Le 17 mars au matin, les Bretons découvrent un spectacle de désolation : une épaisse nappe brune se répand sur les plages et les rochers. En quelques jours, près de 350 kilomètres de côtes sont souillés.

 

Le plan Polmar (pollution maritime) – plan français d’intervention en cas de pollution marine accidentelle – est déclenché par le préfet maritime de Brest le 16 mars peu avant minuit. Est alors décidé :

  • l’acheminement de tous les barrages disponibles sur le sinistre ;
  • la mise en alerte de nombreux États pour obtenir leur aide ;
  • l’avis défavorable à l’incendie du navire ;
  • la tentative d’allégement du pétrolier à réaliser dès que la tempête sera terminée.

Le 19 mars, le plan Polmar est déclenché dans les Côtes du Nord (appelées depuis Côtes d’Armor). Jusqu’au 7 mai, militaires, pompiers personnels de l’équipement et volontaires s’engagent contre la pollution.

« De grosses pompes flottantes sont mises à la mer. Des camions chargés de pétrole gorgé d’eau font la noria entre les plages et la station de dégazage de Brest », rapporte Les Echos.

Pour toute la Bretagne, c’est une catastrophe écologique mais aussi économique. La pêche, l’ostréiculture et le tourisme sont les principales victimes. « C’est une catastrophe nationale d’une ampleur encore jamais vue », déclare alors Raymond Barre, Premier ministre.

Crédit : National Oceanic and Atmospheric Administration/Wikimedia Commons
Crédit : National Oceanic and Atmospheric Administration/Wikimedia Commons

Le procès

Les élus locaux décident d’attaquer en justice la Standard Oil. Le 4 mai 1982, le procès opposant 76 communes bretonnes et des organisations professionnelles s’ouvre à Chicago. Il dure quatorze ans et aboutit in fine à la condamnation de la puissante compagnie pétrolière.

Le montant des indemnités est fixé à 1 milliard de francs pour l’État français et plus de 230 millions de francs pour les communes sinistrées. Une paille au regard du coût du nettoyage et des pertes d’exploitation qui ont aussi touché beaucoup d’entreprises et de particuliers, grands absents de ce procès…

Les avancées

À la suite de cette catastrophe écologique, l’État crée le rail d’Ouessant qui sépare les navires montants et descendants, ou transportant des produits dangereux. Il affrète également à Brest deux puissants remorqueurs – les Abeilles – prêts à intervenir à tout moment.

Le Cèdre, centre de recherches sur les pollutions accidentelles des eaux, et le Ceppol, centre d’expertises antipollution, sont créés. Dorénavant, tout navire transportant des marchandises dangereuses a obligation de se signaler.

Malgré ces avancées, la Bretagne connaît d’autres marées noires, notamment celle due au naufrage du pétrolier maltais Erika, affrété par le groupe Totalfina, le 12 décembre 1999.

>>> Pour en savoir plus sur le naufrage de l'Erika, lire " La leçon des marées noires".