Écran noir

Date de publication : 11/07/2017  |  Auteur : D.K

Photo Victorio Marasigan/Flickr
Photo Victorio Marasigan/Flickr

La télévision n’est pas seulement le spectacle du spectacle. C’est aussi la vitrine vers le spectacle de la société. Dans ce jeu de miroirs où l’action de l’un est conditionnée par le regard de l’autre – qui répond et entraîne pour ensuite imiter – il n’est plus possible de distinguer qui de la poule ou de l’oeuf est l’origine. Aussi lorsqu’un présentateur humilie en direct (mais c’est la même chose en différé !) une personne, anonyme ou célèbre, ce n’est pas sur le terrain de la liberté et du respect qu’il faut chercher à distinguer le bon goût de l’ivraie. Ils sont utilisés comme des fumigènes pour cacher la réalité brute. Qui croirait en effet qu’une émission de télévision et Charlie Hebdo jouent dans la même cour – quand l’un divertit et l’autre fait réfléchir ? C’était pourtant l’argument et le débat mais ils sont fallacieux. Dans ce jeu, il faut rappeler qu’une émission de télévision est un produit conçu par une entreprise et vendu à une autre qui la diffuse. Ces entreprises se financent par d’autres qui achètent des espaces publicitaires. Ces annonceurs visent des consommateurs-spectateurs, attirés et séduits, qui achèteront ou reconnaîtront leurs produits. Alors ils les consommeront ensuite pour perpétrer le spectacle dont ils auront été l’objet. La boucle est bouclée. Alors quand le « dérapage » – qui n’est en définitive que la continuité et la raison d’être de ce cercle vicieux – survient, la roue s’enraye. Les annonceurs annoncent leurs retraits. Et les coupures sont imposées. Mais le spectacle continue car, comme l’a fait valoir l’essayiste Guy Debord, l’arrêt du spectacle est toujours un spectacle. Le lien avec la maîtrise des risques ? À l’heure où les risques psychosociaux occupent l’actualité, il ne faudrait pas oublier qu’ils naissent de la même manière et sont parfois encouragés par les mêmes ressorts. Les harcèlements et humiliations ne se cachent pas différemment en entreprises. Comment reprocher son attitude à quelqu’un qui produit et fait vendre puisqu’il fait d’abord ce qu’on lui demande ? C’est qu’il faut placer l’exigence plus haut et faire primer les valeurs humaines.