Biométrie : le nano au bout du doigt

Date de publication : 01/03/2018  |  David Kapp

(c) NEC Corportation of America via Flickr, licence creative commons
(c) NEC Corportation of America via Flickr, licence creative commons

Le capteur d'empreintes digitales développé dans le cadre du projet européen PiezoMAT dépasse toutes les attentes : sa résolution est de 1 000 dpi soit 2 fois plus élevée que le minimum requis par le cahier des charges et supérieur aux exigences du FBI dans le domaine. Une prouesse possible grâce à une matrice de bouquets de nanofils d'oxyde de zinc (ZNO).

C'est le numéro 224 (.pdf) des Défis du CEA, le Commissariat à l'énergie atomique, qui se fait l'écho de la nouvelle.

Le CEA-Leti compte en effet parmi les huit partenaires du consortium européen à l'origine du projet PiezoMAT.

Doté d'un budget de 3,9 M €, celui-ci avait pour objectif, en 44 mois, de construire un appareil de capture haute-résolution des empreintes digitales.

On sait en effet que, statistiquement, deux captures d'empreintes différentes peuvent être reconnues identiques par un système.

Cette donnée est généralement connue sous le nom de TFA - Taux de fausse acceptation.

La plupart des systèmes biométriques de capture des empreintes digitales n'enregistrent pas l'empreinte digitale en tant que telle mais une image de points correspondants aux sillons et croisements de sillons du doigt.

Une image largement suffisante pour une simple identification mais qui n'est pas assez robuste lorsqu'une authentification formelle est nécessaire.

Ce peut être le cas pour des contrôles aux frontières ou encore dans le cas d'enquêtes de police.

Il n'est donc pas étonnant de retrouver dans la liste des participants au projet l'entreprise Morpho (anciennement groupe Safran), particulièrement active dans ce domaine et reconnue à l'étranger pour ses terminaux (70 pays utilisent son système).

Kevin Dooley via Flickr licence CC
Kevin Dooley via Flickr licence CC

Une image qui n'est pas obtenue par une photographie

Pour obtenir l'image de l'empreinte dans le projet PiezoMAT, les ingénieurs n'ont pas cherché à augmenter la taille du capteur - ce qui se produit généralement -, mais on eut recours à un tout autre système.

Le capteur mis au point agit par contact : le capteur est composé de matrices de bouquets de nanofils d'oxyde de zinc qui forment un nuage de pixels connectés.

Ces nanofils produisent un courant électrique qui reprend sa forme initiale en cas de compression ou de flexion.

Ainsi, lorsque l'utilisateur présente son empreinte, selon la revue du CEA, "la déformation locale du réseau de nanofils génère un potentiel dont l'amplitude est proportionnelle à leur déplacement, ce qui permet de distinguer les reliefs cutanés."

Le modèle n'est pas encore opérationnel. Un démonstrateur de 250 pixels a été testé par l'entreprise Idemia (issue de la fusion de Morpho avec Oberthur Technologies).

Il est possible également que ce nouveau système, hyper-précis, génère un taux important de faux rejet.

Car plus la précision augmente, plus il est difficile de rejouer exactement la même empreinte.

En effet, les dépôts, salissures ou légères variations de la peau liées à la température ambiante peuvent, dans les systèmes traditionnels, empêcher une reconnaissance optimale.

L'avenir dira si le système réussit à s'en affranchir.