26 février 1993 : attentat au World Trade Center

Date de publication : 22/02/2018  |  D'après l'article "L'entreprise face à l'attentat" de Armin Fox (Munich Re), publié dans le n°317 de Face au Risque (novembre 1995)

Crédit : FBI
Crédit : FBI

Le 26 février 1993, à 12 h 18, une voiture piégée creuse un cratère de 30 m de profondeur dans les sous-sols du World Trade Center. Cinq morts et plus de 1 000 blessés sont à déplorer.

"Nous avions devant nous un cratère qui ressemblait à une gigantesque fosse avec des charbons ardents au milieu", tels sont les termes d' un pompier de New York pour décrire le cratère ouvert par l'attentat du World Trade Center.

L'attentat terroriste a déclenché panique et frayeur chez plus de 50 000 personnes. Le préjudice économique a atteint environ 5,5 Mds de francs (à l'époque soit 1,13 Mds € actuels) et les dommages assurés plus de 2,5 milliards de francs (soit 500 millions € actuels).

Crédit : Face au Risque/René Dosne

Les deux tours jumelles du World Trade Center dans le quartier des affaires de Manhattan constituent, avec la statue de la Liberté, le symbole de la ville de New York. Le complexe composé de sept bâtiments, établi sur sept hectares, est sans équivalent dans le monde. Lors de leur inauguration en 1973, les tours étaient les immeubles les plus hauts du monde.

Ce complexe est fréquenté chaque jour par 130 000 personnes; 50 000 travaillent dans les sociétés d'investissement, les maisons de courtage, les cinq bourses de matières premières et les cinq chaînes de télévision locales, qui y sont installées.

Un océan de flammes

Selon l'enquête du Federal Bureau of Investigation (FBI), les terroristes ont loué une camionnette et l'ont chargée de 200 kg de plastic, tel qu'il est utilisé à des fins militaires. Ils ont ensuite garé le véhicule dans le parking souterrain public du World Trade Center.

On n'a pas pu établir comment la bombe a été amorcée, puisque le mécanisme a été entièrement détruit. L'onde de choc de l'explosion a ouvert un cratère de 60 m de diamètre et de 30 m de profondeur dans les sous-sols, directement sous l'hôtel Vista faisant partie de ce complexe, à proximité de la tour nord.

L'attentat a frappé les installations essentielles: six des huit conduites électriques ont été déchiquetées, les groupes de secours ont été endommagés par l'onde de pression. L'explosion de plusieurs milliers de degrés Celsius a provoqué un océan de flammes, qui a gagné les véhicules garés et les isolations en plastique des conduites d'alimentation.

Très vite, le réseau de sprinkleurs n'a plus fonctionné en raison de l'absence de courant. Gaz et fumées ont envahi les cages d'ascenseurs et les escaliers jusqu'à l'hôtel Vista et à la tour nord. L'immeuble était plongé dans l'obscurité du fait de la destruction de l'alimentation électrique. Il est presque miraculeux que 1 045 personnes seulement aient été blessées en s'enfuyant de l'immeuble.

Il fallait jusqu'à trois heures pour parvenir à l'air libre, par les escaliers pleins d'une épaisse fumée. Un sauvetage par les ascenseurs des bâtiments sans fumée n'était pas possible: par peur que l'eau d'extinction cause des courts-circuits et que le gaz échappé des canalisations éclatées s'enflamme, les pompiers avaient débranché les deux conduites électriques encore intactes.

L'évacuation des bâtiments a constitué un grand défi pour la discipline de tous, car il n'y avait pas de plan d'évacuation.

>>> Pour en savoir plus, lire le rapport du Département de la Sécurité intérieure des États-Unis.

Bien que les charges d'explosifs aient été amorcées au niveau des fondations, il n'y a eu, à aucun moment, risque d'effondrement. La structure du bâtiment repose sur des centaines de pieux en acier enfoncés dans le schiste. La situation ne serait devenue critique que si plusieurs dizaines de pieux avaient été détruites. 

Pourtant, les autorités ont fait fermer provisoirement les bâtiments jusqu'à ce que la stabilité de la structure puisse être contrôlée. Cette opération a exigé plus d'une semaine et causé, en fait, les sinistres les plus lourds en raison de l'interruption de l'exploitation.

L'offre de bureaux disponibles étant à l'époque excédentaire à New York, la recherche de locaux provisoires a été facilitée, et le dommage a ainsi été limité. Toutefois, les locataires ayant pour la plupart une activité internationale et étant tributaires des systèmes de télécommunication ultramodernes, ils ne pouvaient exercer pleinement leur activité.

Prévenir les sinistres

Les experts en matière de lutte contre le terrorisme ont souligné aussitôt après l'attentat qu'"il ne peut exister de mesures de protection spécifique contre le terrorisme, parce que celles-ci sont impraticables". Il faut donc prendre des mesures au niveau de la construction, de la technique et de l'organisation, qui soient susceptibles de limiter les dégâts autant que possible.

Voici quelques exemples :

Mesures au niveau de la construction :

  • réduction de la dimension de zones encloisonnées par des parois coupe-feu ;
  • installation de systèmes d'alimentation et de dispositifs de sécurité dans les diverses zones coupe-feu, par exemple groupes électriques de secours sur le toit et dans la cave;
  • décentralisation des bureaux.

Mesures techniques :

  • installation de systèmes sécurité supplémentaires ;
  • aménagement d'étages intermédiaires et d'escaliers de secours comme zones de sauvetage à l'abri des fumées en installant des groupes de surpression;
  • mise hors circuit de l'installation de climatisation en cas d'incendie (les gaines d'aération sont fermées par des clapets qui empêchent la propagation de la fumée et des vapeurs toxiques) ;
  • mise en place d'un réseau de sprinkleurs dans tous les locaux;
  • installation d' avertisseurs d'incendie, notamment dans les conduites de câbles de plusieurs kilomètres de longueur.

Mesures au niveau de l'organisation :

  • fermeture des garages souterrains à l'usage public;
  • maintenance régulière des équipements de secours et formation du personnel pour le maniement de ces équipements;
  • plan d'urgence, en particulier réservation de bureaux auprès d'agences immobilières spécialisées;
  • désignation et formation de personnes chargées de la sécurité.